EVJF.
Comprendre Enterrement de Vie de Jeune Fille.
En l'occurrence celui de Miss NaNa.
Ca avait été presque la catastrophe, une obligation de dernière minute de retirer les bâton dans nos roues pour que la carrosse de 8h45 puisse rouler sans encombre.
Et au final, on avait pas trop mal réussi.
C'était sans compter sous la pluie qui a cru bon de nous accompagner du matin jusqu'au soir.
La pluie d'un Paris gris, la pluie de photos à retravailler (j'y suis encore d'ailleurs), la pluie d'accessoires en tout genre, la pluie de sourires et de mains qui applaudissent de satisfaction (je crois).
Le réveil n'a bien évidemment pas sonné quand il aurait fallu, il n'a même pas sonné du tout et quand j'ai ouvert les yeux, il aurait fallu que je parte.
Et merde...
Disons qu'en temps normal déjà je traine la patte et la ponctualité n'est pas mon amie, mais là j'ai fait au plus vite parce qu'en plus miss Camille m'attendait sous la pluie.
On s'est retrouvées sur le parking, presque au complet, et on est montées préparer l'Intéressée. Pendant qu'elle rougissait ses lèvres et enfilait ses gants de reine et son écharpe de miss, on a revêti nos superbes T-shirt préparés avec soin pour l'occasion.
Future mariée avec une flèche histoire de la désigner; au cas où les gens dans la rue n'auraient pas vu les gants, les escarpins rouges et l'écharpe rose avec en pailleté "future mariée".
Trop la classe.
Sans oublier les bijoux de princesse en plastoc.
Et puis on a pris la poudre d'escampette. On s'est abritées dans nos voitures, suivi la route sans encombre, on a trouvé les places là où on voulait. Tout allait nickel.
On s'est abritées sous les coffres ouverts le temps d'attraper nos affaires, et on s'est faufilées sous les parapluies, dans le détour des rues.
Et puis, arrivées devant le bar à brunch, la pancarte "Sorry we are closed" me fait sursauter le cœur, et j'ai peur soudain que ça tombe à l'eau.
Oui, sous la pluie.
Je pousse la porte et y vais un peu au culot, et au lieu d'attendre dehors que ça ouvre, on a le droit d'attendre dedans. On s'étale sur le canapé, on observe le café, réplique du Central Perk, on est toutes excitées, et on commandes nos bagels.
On les mange comme on peut, ça ressort de partout, surtout du milieu, c'est un peu la particularité du bagel aussi, et on rigole de manger comme des gamines.
Miss NaNa se retrouve reporter du jour; "que pensez-vous du mariage?", mais voilà les gens sont trop jeunes, divorcés, en passe de l'être, séparés, esseulés. La misère humaine.
On reprend nos parapluies, on tape la pose aux pieds de Saint Michel, et on prie pour que la pluie s'arrête. Seulement voilà, prier quand on ne croit pas, ça marche pas vraiment...
On fait les belles avec les uniformes, enfin surtout Miss NaNa, et on se donne un peu le culot de tout, c'est dingue comme un EVJF peut être un bon prétexte.
On voulait que le Diable s'habille en Prada, seulement manque de bol les escarpins n'auraient pas vraiment aimé les flaques.
J'avais déjà en entrant au Garden Perk les pieds qui faisaient flop flop dans mes ballerines à paillettes, et je me suis fait une raison dès le début.
Demain, j'aurai la crève.
On a signé le cadenas à l'abri sous le pont, on a cherché où Miss NaNa pourrait bien l'accrocher, un de plus parmi les autres, et je me suis dit pourvu que ce ne soit pas celui de trop qui fasse écrouler le pont.
On ne sait jamais...
Et puis Miss NaNa a rechaussé les escarpins rouges comme ses lèvres, a tapé la pose digne d'un model, et on est reparties en gloussant comme des ados parce que même sous la pluie, on était bien.
On a fait du jardin des Tuileries le lieu de notre promenade. On a cherché des gens à interviewer, mais c'est fou comme à Paris les gens sont aussi gris que le ciel. On a laissé tomber les autres, on s'est occupées de nous, on est montées jusqu'à Opéra pour voir ce que ça faisait d'être petit rat, mais on a plutôt bifurqué pour rentrer.
On s'est éparpillées un peu dans le quartier pour mieux se retrouver dans le Séphora du coin.
On est arrivées au compte goutte, un peu comme nos parapluies qui ont perlé partout sur le beau sol brillant, ils nous ont emmenées vite fait bien fait au fond du magasin, surement pour éviter le trop grand brouhaha qu'on risquait de faire ou peut être parce qu'avec nos sacs et nos pieds tous mouillés on prenait un peu (trop) de place dans les rayons.
La maquilleuse est arrivée, belle avec ses yeux colorés comme un perroquet tropical, c'est normal elle nous dit, c'est pour le thème de ce samedi, Rio. Et son accent quand elle parle et qu'on ferme les yeux pour qu'elle nous les dessine, ça donne des envies d'ailleurs. On en oublierait presque qu'il pleut comme vache qui pisse à quelques mètres de nous.
On se regarde les unes les autres, l'attente, c'est un peu une excitation générale, voir à quoi ressemblera la copine assise sur le tabouret haut et qui se trouve entre les mains de la maquilleuse.
Et puis on joue les manucures, on s'applique sur les ongles des unes des autres, ça marche un peu comme à l'école, et on compare nos travaux.
On fait un tour dans le magasin, puis deux, de temps en temps ils s'inquiètent en passant de savoir si tout va bien, et nous n'avons toujours pas grandi, malgré nos ongles vernis et nos yeux qui pétillent.
On ne veut pas attendre pour manger américain vintage, tant pis, une brasserie au coin de l'avenue aura raison de nous.
On a peur du clown qui vient nous faire pouet pouet dans les oreilles, il sent l'alcool et il se croit drôle mais on est plutôt clownophobes et on prend vite nos cliques et on lui donnerait bien nos claques.
On joue nos princesses sur les pavés de la ruelle, oui mais voilà, un peu bancales les princesses sur leurs talons hauts avec ces pavés irréguliers qui nous feraient une entorse rien qu'en ballerines.
On a fait la queue parce que je crois ils voulaient nous montrer qu'on avait pas le choix, mais plus pour faire joli que réellement utile parce que je n'ai jamais compris à quoi ça a bien pu servir, personne n'est sorti avant qu'on entre.
Un peu n'importe quoi.
Un mec nous a emmenées au sous sol, y'avait beaucoup de bruit et fallait crier très fort pour qu'on entende un chuchotement, s'entendait-on vraiment d'ailleurs? ça ressemblait plus à de la devinette qu'autre chose je crois.
L'essentiel, c'est de se faire comprendre.
On a rigolé des nanas en furie, on s'est regardées écœurées du trémoussage du serveur qui se prenait pour un acteur porno, on s'est dit nan mais c'est quoi ce gag? et plus de beurk que d'envie quand en plus on l'a vu prendre la tête de la nana pour lécher l'assiette de chantilly comme elle l'aurait léché lui.
Du Grand N'importe Quoi.
J'avais même plus envie de mon cocktail, de toute façon j'étais ailleurs déjà. Et Miss NaNa m'a rattrapée avant que je ne sois réellement déconnectée.
On a trainé nos talons jusqu'aux voitures, rien n'avait bougé, juste une idiote qui me collait au cul et qui me coinçait pour sortir.
J'ai râlé, je suis sortie la voir, j'ai toqué au carreau, et le moins énervée possible mais agacée quand même, je lui ai dit "euh, avec le peu de place que j'ai là, je crois que je ne vais pas vraiment pouvoir sortir..".
Je crois qu'elle n'avait pas vu dans son rétro le scooter garé derrière elle à l'arrache.
Miss NaNa n'avait pas envie que la nuit nous enveloppe.
Sur le parking on s'est embrassées, étreintes, la journée prenait fin sur une paix générale.
On dit que la nuit porte conseil.
Ce soir là, j'ai dû oublier ce qu'elle m'a dit.
#EVJFpluvieuxEVJFheureux#




























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