
J'ai fait et refait ma valise.
Un nombre incalculable de fois.
J'ai arrêté de compter après 5 je crois, perdue dans les nombres, entre mes allées et venues et ceux de la balance. Parce que oui, j'ai aussi pesé et repesé le bagage un nombre incalculable de fois.
Bref, tout était prêt, et y'avait même des petits trucs à glisser dans la grosse valise de secours.
Sauf que de petits trucs en petits trucs, on en fait un gros gros truc qui, au final, ne sera pas pesé parce que Sarabinette n'a pas de balance.
On s'engouffre dans la voiture, et c'est parti nos kikis, on suit ce que raconte le GPS entre deux blablas de nana.
On est arrivées devant la ferme transformée en garage, y'avait des dizaines et des vingtaines de voitures alignées presque proprement, on a attendu le mec en mangeant une barre chocolatée fondue, on en avait plein les doigts, c'était rigolo.
On a fait des photos dans la voiture pour narguer les collègues, elles nous ont dit bande de chanceuses vous êtes trop belles profitez-en bien, si j'avais pu narguer tous ceux qui sont partis à chaque fois que j'étais assignée au boulot, je l'aurais fait.
Gentiment.
Mais au fond je me dis que je l'ai tellement bien glissé ici et là que je les ai nargués quand même l'air de rien, et que tout est passé comme un lettre à la poste.
Tiens, faudra pas que j'oublie les cartes aux mamies...
On se balade un peu dans l'aéroport, j'ai le sac à l'épaule qui me pèse, je me demande s'il n'est pas trop lourd quand même, enfin il a déjà les dimensions requises, c'est pas mal.
J'ai fait ce que j'ai pu.
Ah zut voilà, je cherche dans le fouillis mon passeport tout beau tout neuf et le billet imprimé avec soin par Miss FloE. Tout ça pour que le mec au guichet me dise que j'avais pas besoin de passer par lui.
Mais si mais si mon p'tit monsieur, on a la grosse grosse valise.
Alors il nous fait avancer ensemble, Sarabinette s'occupe du reste, et puis FloE me regarde en grimaçant, on a 2kilos de trop.
Qui sont passés l'air de rien. Parce que la nénette aimait bien les Portugais et que Sarabinette en était une.
Comme quoi des fois ça tient à peu de choses...
J'avais tout rangé pour avancer et bien sûr, il a fallu que je me retrouve encore en tête pour passer quasi immédiatement encore une vérif de papiers.
Je m'avance, je lâche la poignée de la valise qui s'écroule sur les pieds de la nana, je m'excuse, mais j'ai une main dans l'autre sac pour chercher mon passeport, on sait tous que les filles savent faire deux choses en même temps, ben à ce moment là j'ai dû relever certainement plus de ma part de garçon manqué.
Elle me baragouine un truc que je ne comprends pas, elle a dû voir à ma tête que j'avais rien saisi, alors en langage wesh détaché elle articule "Il fait chaud dewors?". euh... j'ai dit, ben oui oui, en tout cas plus chaud que je ne pensais ce matin.
J'avais les bras remplis de pulls.
On a avancé dans les rangées serpentées, et on est arrivées jusqu'aux portiques de détection de métaux. Il a bien fallu encore que je fasse bip bip, une black élégante s'est avancée, a écarté les bras sur les cotés comme pour faire l'avion, je me suis dit que dans un aéroport c'était plutôt rigolo. J'ai fait pareil, elle a tâté de haut en bas, ça va je ne suis pas trop grande, elle a pas eu trop de taf avec moi.
Miss FloE a fait bip bip aussi et donc y a eu droit aussi, mais elle nous avait prévenues de toute façon qu'elle, elle y a droit à chaque fois.
Y'a que Sarabinette qui n'a pas sonné, mais bon ça n'aurait pas été bien juste qu'elle s'en sorte aussi facilement, alors ils lui ont attrapé son sac et retourné dans tous les sens pour une image bizarre qu'ils n'ont jamais retrouvée.
Et elle, se retournant vers nous "Nan mais je suis quasi sure que c'était pas mon sac".
Et pendant ce temps, la mémé de derrière se met à râler, on dirait presque qu'elle va se mettre à pleurer, bah oui madame mais les gels douches et les shampoings et tout et tout, c'est pas possible, ça sera jeté.
On s'enfile un sandwich avant de monter, parce qu'on se dit que le trajet va être court mais long, court en durée, long d'ennui.
Et l'ennui creuse la faim.
On va chercher des magasines people pour se tenir informées des potins inutiles, et on pense à DéDé restée au boulot qui les pique en douce quand on monte en réa. On lui ramènera.
On espère avec Miss FloE que personne ne viendra se mettre à coté de nous pour que Sarabinette puisse venir. Elle est un peu plus haut dans la rangée, on se fait coucou de loin en se grandissant un peu.
On décolle, les mioches commencent à brailler, il y a une petite fille toute sage qui ne dit rien, et là me revient la question habituelle: pourquoi certains enfants ressentent-ils le besoin de faire chier le monde en hurlant dans les aigus?
On en a eu pour les 2/3 du vol.
J'ai regardé par le hublot pour voir les nuages défiler.
C'est pas bien passionnant, mais ça m'a endormie quelques minutes, j'avais la tête dedans, c'est toujours mieux que dans le brouillard, mais quand même moins bien que dans les étoiles.
A l'arrivée on a laissé les autres descendre d'abord, mes tympans étaient contents que ce soit enfin fini, adios adios, en espérant ne pas les avoir au retour.
Ne jamais partir conquise.
J'ai dû rechercher dans un coin rangé de ma tête les notions basiques d'anglais que j'ai pu acquérir en quelques années de cours, on a longé la longue file de taxis, on en a pris un au pif et on a dû prendre finalement le premier de la file.
Le mec n'a pas décroché un mot, j'aurais bien voulu lui parler, ça fait vide une voiture remplie de touristes muettes, et c'est triste.
Et puis surtout, la musique qu'il avait mise était surtout nulle, ça aurait couvert un peu.
Mais personne n'a rien dit.
Il ne parlait pas anglais.
On s'est installées bien vite dans la location, on a enfilé nos maillots de bain et on s'est allongées sur les transats au bord de la piscine pour commencer à prendre le soleil.
C'est alors que je me suis dit qu'enfin ça y était, les vacances avaient commencé.
#dépliersesailesausoleil#
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