lundi 26 août 2013

#lesâmessoeursnaissentesseulées#

Dans le tumulte.

J'avais oublié le monde, les couleurs des lignes du métro, les noms des rues, les changements à faire et où et pourquoi, et comment aller plus vite, comment se placer sur le quai pour ne pas perdre de temps.

J'avais oublié les odeurs, les couleurs ternies, l'Histoire imprégnée dans chaque coin de rue.

J'avais oublié mes fantômes.
De nouvelles choses ont poussé pendant mon absence. De nouveaux détails, de nouvelles couleurs, de nouvelles façades. A (re)découvrir.

J'avais oublié ce visage, ces yeux, les détails, les mille et un dessins qui m'ont toujours intriguée. J'avais oublié l'étreinte.
Un hopital vide, c'est glauque.

Re-tumulte.
Dans ma bulle, la musique dans les tympans.
Abasourdie, je me sens épuisée, fatiguée soudain, de porter le monde à bout de bras. Vidée de trop d'énergies dépensées durant mon absence.
En passant près d'un atelier, je vois l'artiste s'affairer. Une composition sombre, un cadre ou quelquechose de ce genre. Compact. Des cheveux plus que fins, coupés courts, une silhouette penchée sur l'objet, concentration pure.
J'ai envie de rentrer, je lui dirais "s'il vous plait, laissez-moi me poser là dans ce coin, laissez-moi me reposer, vous regarder faire, c'est appaisant, laissez-moi souffler quelques instants". Elle serait étonnée, accepterait, sans dire un mot. Le visage est froid. J'aurais une voix douce. Je ne prendrais pas de place, je ne volerais que des images ici et là de ses gestes surs et durs, précis, nets. Je ne retiendrais que quelques détails de son visage, l'amande de ses yeux bridés, l'assurance dans le regard, les pommettes peu visibles, la face plate.
Je me serais posée sans faire de bruit, la laissant seule avec son cadre. Le temps s'arrêterait même peut-être un peu, fatigué lui aussi de passer si vite.
Je repartirais, vide mais appaisée du chaos qui règne depuis quelques temps déjà. La vie n'est pas toujours facile, mes amis..
Je reprendrais ma route là où je l'aurais laissée, devant cette vitrine.
Je continuerais mon chemin ici et là, de ruelles en rues en avenues en boulevards, de calme en agitation. Je trainerais derrière moi ma fatigue, mon épuisement.J'essaierais de les semer un peu, en cours de route.

J'aimerais rentrer, m'allonger et m'endormir, des heures et des heures sans m'arrêter, longtemps, sans coupure. Jouer à la Belle au Bois Dormant, sauf que y'aurait ni dragon, ni ronces, ni rien. Trop facile pour Charmant, sinon, alors de toute façon y'en n'aurait pas non plus. Comme ça c'est réglé. Parce que pour avoir, ici, il faut mériter. Trimer. Et même en trimant, tout reste éphémère et rare. Alors jouons plutôt les Délicates. Et de méritantes, devenons méritées.
De toute façon, les âmes soeurs naissent esseulées.





(Un très vieil article que j'avais envie de ressortir et d'illustrer..)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire